Le cas Autechre est un cas à part dans l'univers de la musique électronique. Depuis leur début il y a plus de dix ans, Sean Booth et Rob Brown n'ont cessé d'emprunter les chemins les plus escarpés, les virages les plus dangereux, les tunnels les plus obscurs. A chaque album, le duo se renouvèle, risque sa peau, tente de nouvelles acrobaties bruitistes, se dérobe à la moindre tentative extérieure de classification. Leurs modulations crépitantes, leurs cliquetis postindustriels, leurs déflagrations arythmiques n'ont pas d'égal en musique populaire : au mieux pourrions-nous comparer leurs travaux les plus récents aux œuvres expérimentales des " metteurs en sons " savants des années 1950 et 1960, de Stockhausen à Xenakis. L'électronica d'Autechre, puisqu'il faut bien lui donner un nom, se rapprocherait donc avant tout des musiques sérielles et concrètes, ces terrains minés où la recherche sonore primait sur le sens et l'émotion. Parce qu'il ne sert à rien de trouver une signification aux circonvolutions terrifiantes du duo britannique. La musique d'Autechre se suffit à elle-même, point barre. Sans équivalent dans la scène électro actuelle, et ce depuis le milieu des années 90, Autechre navigue seul, se fichant comme d'une guigne du quand-dira-t-on et des pisse-vinaigre qui taxent leurs compositions d'hermétisme janséniste. La preuve : avec ce nouvel album, Sean Booth et Rob Brown délaissent un peu leurs laptops (trop présents sur leur précédent " Confield ") pour revenir à leurs vieux séquenceurs et leurs boîtes à rythmes. Et de rythme, ce " Draft 7.30 " n'en manque pas : chaque morceau est ainsi construit selon une structure complexe de beats qui s'entrechoquent et de fragmentations qui se renvoient la balle. Sur " V-PROC " par exemple, des breakbeats atomisés jouent au ping-pong avec des loops anarchiques, créant une sorte de funk squelettique sur lequel on oserait presque danser. De ces constructions en spirales, à la tridimensionnalité effarante, on ressort exténué mais ravi. Une fois encore, Autechre nous aura pris au dépourvu : on pensait ne plus trop connaître cette sensation de perpétuelle découverte, persuadé que la musique électronique était déjà dans l'impasse. Raté : ce " Draft 7.30 " en est l'impressionnante contradiction. En un mot : essentiel.

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