D'apparence frêle, ce navire nommé Heligoland a néanmoins traversé les océans et une décade. Venus de leur Australie natale, ses trois membres d'équipage ont débarqué sur notre Vieux Continent et ont enrôlé ce vieux briscard de Robin Guthrie à la barre.
Aérée, épurée et éthérée, la musique de ces Français d'adoption se fond parfaitement dans les ambiances sonores de l'ex-Cocteau Twins.
Arpèges teintées de chorus, chant mélancolique et rythmique en suspens sont les ingrédients majeurs de cet elpee qui vogue entre deux terres. Le léger vibrato dans la voix de Karen Vogt renforçant ce sentiment d'apparente fragilité. Les notes cristallines choient comme autant de perles de pluie, alors que la rondeur des basses enveloppe le tout dans un écrin soyeux.
Motif de basse eighties et slide guitare pour entamer ce voyage où des intonations étincelantes, se reflètent comme la lune sur le manteau sombre de la mer (« Kiss kiss bang bang »). « The light inside » touche par sa sensible envolée céleste, l'émotion grimpant aux cordes vocales jusqu'à l'unisson. « Mapping your desires » dessine en pointillé un trajet douloureux, avec au final un tourbillon de voix comme autant de sirènes nous emportant vers des promesses vaines. « A year without sunlight » s'égrène comme le sable entre les doigts avant de se terminer en apogée tempétueuse. Les guitares se font écho sur « Nearness », les brumes s'élèvent lentement sur « Your longuest breath » et retiennent leurs notes en apnée mais finissent par dévaler en cascades lumineuses. Larmes salées sur « All your ships are white » et son c(h)oeur qui saigne. Et basse en figure de proue pour un final toutes voiles dehors.
Le traitement des guitares, bien sûr, nous ramène au shoegazing en suspens des Cocteau Twins, mais Heligoland possède une grâce intemporelle et un grain particulier. Loin de prendre l'eau, ce vaisseau poursuit sa route vers une terre sacrée et se propose de vous y emmener.

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