Julie Doiron est une femme d'intérieur : pour ce split-cd avec les Texans d'Okkervil River, elle a enregistré 5 chansons chez elle, à l'aide d'un minidisc, seule avec sa guitare et ses vieux démons. Elle y parle d'amour, de son mari, de ses enfants, de la neige qui tombe dehors… Finies les guitares crépitantes de son ancien groupe Eric's Trip : autour d'elle, juste le silence d'une matinée hivernale, et le souffle de sa famille qui dort. Lo-fi sans être malingres, les chansons intimistes de la Canadienne touchent presque au mystique, tant on y ressent un (aban)don de soi d'une simplicité désarmante. Ni pessimiste comme Chan Marshall, ni hystérique comme Scout Niblett, Julie Doiron nous émeut, et son folk nous apaise. Lui reprocher son minimalisme serait déplacé. Parce que la songwriter nous donne le maximum d'elle-même, sans fausse pudeur. Idem pour ses copains d'Okkervil River, qui alternent sauvagement country déglinguée et pop déchaînée, en y réservant parfois des envolées rock et soul qui les rapprochent de leurs cousins Lambchop, Sparklehorse et Songs : Ohia. Rarement l'équilibre des forces (Mal/Bien, déprime/délivrance, obscurité/lumière) n'aura été si savamment interprété, et avec une grâce qui elle aussi touche presque au sublime. Merde, que c'est beau… Un truc pareil vous arracherait presque une larme.

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