‘Moke from Asterdam’, comme ils se présentent, est un groupe néerlandais peu notoire en Europe continentale, qui connaît pourtant un énorme succès aux Pays-Bas et jouit d’une certaine notoriété chez les mélomanes avertis anglais et allemands. Lors de l’enregistrement de leur premier album, « Shorland », en 2007, ils ont rencontré Paul Weller chez leur producteur commun, Joeri Saal, qui leur a d’emblée proposé d’assurer la première partie de sa tournée européenne. Leur carrière était donc lancée à Londres avant même que leur premier disque ne soit dans les bacs. Les médias prennent ensuite le relais pour leur fournir une couverture qui les transforme en businessmen malgré eux : suite à des plateaux télé remarqués, leurs singles ont servi de soundtrack à la ligue des champions de l’UEFA sur la télé néerlandaise en 2007. Ils apparaissent également dans une publicité pour Toyota, et pour la bière Grolsch. Enfin, dans cette ivresse commerciale, Karl Lagerfeld a lui-même revisité leur look ébène chic et épuré en leur consacrant une entière collection. Leur popularité nationale s’en voit donc solidement assise.
Mais cette glorieuse envolée n’a pas été sans amener quelque pression dans les expectatives pour l’album suivant : la formation a cependant décidé d’éviter le réchauffé et de modifier les balances, en insistant sur le synthé et les cordes, même si les deux guitares principales sont toujours bien présentes. S’ils définissent leur musique par ‘de l’indie pop à orientation brit’, ils ajoutent désormais ‘qui peut [et doit] remplir les stades…’ Leur montée fulgurante est proportionnelle à l’augmentation de la taille des salles où ils ont joué ; ils ont constaté que leur musique sonnait mieux face à 1000 personnes que dans un petit bar et c’est donc leur grandiloquence qui a influencé la production de leur second opus. Pas étouffés par la modestie, ils avaient de grandes attentes… et c’est mission accomplie : le spectre sonore de « The Long and Dangerous Sea » est élargi à l’aide d’un orchestre, ce qui lui a permis de dépasser le disque d’or, tout comme son précédent elpee.
Ce disque véhicule l’esprit de nos groupes flamands, en plus… commercial (« Window of Hope »). La voix de Felix Maginn est une pâle copie de Starsailor (« The Long and Dangerous Sea », « Love My Life ») aux paroles moins explicites. Le synthé est grésillant (« Window of Hope », « Ghost »), redevient piano (« Nobody’s Listening ») ou est supplanté par un saxophone (« Black and Blue »). Moke réinscrit Amsterdam sur la carte du pop rock grâce à leur esprit de ‘grandeur’ interpolienne ; espérons que leurs concerts ne soient pas aussi stériles que ceux de leurs modèles…

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