The Chapman Family. Teinté d'humour, le nom du groupe évoque autant l'appartenance à un clan portant fièrement l'étendard juvénile de la rébellion, que la légèreté d'une série TV façon old school. Peut-être plus assez candides pour crier leur dégoût en arborant une frange rebelle au milieu du front sans frôler le ridicule, mais néanmoins foncièrement décidés à exprimer leur scepticisme face à une société gangrenée par le néo-libéralisme, ces Anglais du centre du trou de balle du monde (Stockton-on-Tees, obscur bled perdu dans le Nord) ont choisi de dépeindre leur misère avec fougue et romantisme, se servant du bruit comme d'un tremplin vers des cieux plus cléments.
Viscéralement embrumée par l'atmosphère grisâtre des paysages qui l'ont vu naître, leur musique est une coulée de plomb dans la cervelle prête à se laisser envahir par ces hymnes de révolte plus post-adolescente que post quoi que ce soit d'autre. Noires comme la terre de là-bas et sombres comme l'avenir, leurs influences manifestes imprègnent cet elpee d'un bout à l'autre de ses dix plages de sables mouvants. D'essences gothico-industrielles aux résonances pop, ces chansons dressent une cartographie infernale d'une jeunesse en perpétuelle recherche de pères et repères.
Le tout commence dans un souffle embué. Un froid sinistre qui s'évapore lentement dans une atmosphère de naphtaline (« A certain degree »). Avant qu'un tourbillon crépusculaire n'emporte le tout dès le deuxième morceau. « All fall », sorti préalablement en single, ouvre la brèche, qui par la suite finira de fissurer l'édifice. « Anxiety » est le reflet parfait des éternels questionnements de l'adolescence et de la perte de confiance face aux aïeuls. Imparable chanson aux accents défaitistes, et probable hit en puissance, cette carte de visite a fière allure.
Tout le potentiel Pop du groupe se retrouve ensuite sur « Sound of the radio ». Guitares plaintives et rageuses qui éructent tandis que la voix charismatique de Kingsley Chapman enrobe l'ensemble dans un linceul de gravité. De la tribale rythmique de « 1000 lies » à la course frénétique vers le néant de « Million dollars », en passant par le déluge sonore de « Kids », diatribe Punk boutonneux, tout concorde ensuite à enfoncer le clou dans le cercueil d'ébène des illusions perdues d'avance.
Ne craignant pas d’incommoder l'auditeur, les membres du groupe délivrent au final un travail cohérent et d'excellente f(r)acture. Inscrit dans la mouvance Editors et consorts, mais avec une propension au bruit marquée par des basses fréquences sismiques (accentuées par le travail de Richard Jackson, producteur de Sound of the Left et de Young Legionnaire, groupes ne faisant pas dans la dentelle), le premier album de The Chapman Family est sans conteste une excellente première balise dans le ciel de 2011. Leurs performances scéniques sont du reste, parait-il, incroyablement intenses. On ne demande qu'à voir!

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