A l'instar d'une poignée d'autres groupes, King Crimson peut être considéré comme l'un des pères fondateurs de ce qui sera ultérieurement étiqueté 'Rock progressif'. Au cours de sa (longue) carrière, le groupe a toujours respecté l'esprit qui, théoriquement, devrait animer tous les groupes de cette mouvance: volonté de progresser, découvrir, défricher, innover. Après quelques albums disons 'ardus', le groupe nous offre rien de moins qu'un de ses meilleurs CDs ; et du même coup un des albums de l'année, si pas de la décennie. Les inconditionnels du mellotron et autres claviers n'y trouveront toutefois pas leur compte. Chez King Crimson, la guitare électrique est désormais reine. Il faut dire que le groupe se compose d'un maître des rythmes et de trois (!) guitaristes. Tous excellents. Après une brève intro, on est directement plongé dans l'univers obsessionnel et contraignant du groupe. 'Level five' accroche par sa force et ses riffs entêtés. Il rappelle un peu la période 'Red' du groupe (soit il y a bientôt 30 ans ). Ce qui est révélateur de la répartition des rôles, car à part Robert Fripp, aucun des actuels musiciens ne faisait alors partie du groupe. Point de nostalgie cependant. L'album est résolument moderne, voire précurseur (une manie chez King Crimson ). Le son est énorme, les petites trouvailles innombrables, la symbiose entre les musiciens parfaite et la production irréprochable. Détailler l'œuvre par le menu serait illusoire. C'est un concept, avec quelques ingrédients récurrents. Il n'y a rien à jeter. Tout est mature et abouti. La réelle complexité des compositions est éclipsée par leur beauté formelle. C'est noir et souvent torturé, lancinant et envoûtant, dense et en transpiration (ah, ces crescendo de braise dont ils ont le secret !). Quelques passages en suspension offrent de judicieux moments de (fausse) quiétude. La vérité, c'est que King Crimson a tôt fait de nous tenir en son pouvoir et on succombe bel et bien à son charme, incapable d'appuyer sur le bouton 'stop'. C'est le roi cramoisi qui décide de la fin des hostilités. Et lorsque finalement il prend congé de nous, on déplore amèrement la brièveté de l'entrevue et on n'a qu'une envie: le rejouer dans son lecteur CD ! Ce maître incontournable du Prog, qui n'a jamais confondu progression et vieillissement, vient de commettre un album majeur. Longue vie au Roi!

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