Si à l'origine, Muse était considéré comme un clone de Radiohead, au fil des albums il est parvenu à se forger sa propre identité, son propre style. Oui, bien sûr, les voix de Matthew Bellamy et de Thom Yorke possèdent toujours d'évidents points communs. Notamment dans le registre falsetto. Hérité en ligne droite des regrettés Tim et Jeff Buckley. Mais la musique du trio de Teignmouth a pris, nonobstant le recours à l'un ou l'autre artifice technologique, une forme plus symphonique ; un peu comme si elle était le fruit de la rencontre entre néo classique et métal. Seule la ligne mélodique est demeurée pop. Et leur troisième opus en est la plus belle démonstration. Co-produit par Rick Costey (Rage Against The Machine, Mars Volta, Philip Glass), " Absolution " devrait même séduire le public prog. Et en particulier, trois fragments. " Black out ", tout d'abord. Une valse lente, tourmentée, qui flotte sur des vagues de cordes somptueuses au gré d'une bise soufflant comme une balalaïka. On se croirait presque dans l'univers de Docteur Jivago. " Ruled by secrecy ", ensuite. Une prière ténébreuse, intense, qui se développe au sein d'un climat de type 'classique', entretenu par le piano solennel de Matthew. L'influence exercée par Rachmaninov n'a jamais été aussi flagrante. Tout au long de l'opus, d'ailleurs. Toujours enrichi d'arrangements de cordes, " Butterflies and hurricanes " recèle même en son cœur, un mini récital. Seuls deux fragments retournent encore aux racines du groupe : " Apocalypse please " et le contagieux " Time is running out ". Davantage de piano donc. De chœurs opératiques aussi. Mais également des guitares tempétueuses, déchiquetées, une ligne de basse puissante, bourdonnante et des drums frénétiques, implacables. A l'instar du premier single " Stockholm syndrome " et du remarquable " Hysteria ", deux plages qui auraient pu figurer dans le répertoire d'un Tool. Et enfin de l'allègre et rigoureux " The small print ", sorte de croisement improbable entre Therapy ? et Metallica. J'accorderai cependant une mention spéciale à " Falling away from you ", un titre languissant, cosmique, qui s'ouvre et s'achève par des accords de guitare sèche 'durutticolumnesques'. Un bien bel album !

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