Les champs verdoyants du fin fond de l'Amérique profonde. Des oiseaux chantent. La biche broute l'herbe soyeuse. Sur une colline surplombant les terres en jachère de l'Indiana, un homme, ex-fermier, chante et joue de la guitare. Ses amis l'appellent Noahjohn. Pour l'aider dans sa quête du son clair comme de l'eau de roche, quatre amis, eux aussi élevés au lait battu et au travail agricole. A cinq, ils tentent de mettre en musique l'étendue sauvage qui s'étend devant eux, à perte de vue. Comme Songs : Ohia, Dirty Three, Neutral Milk Hotel et Radar Brothers, ils excellent dans la complainte paysagiste, à peine illuminée par quelques éclairs de chaleur. De l'Americana pour cow-boys solitaires, du slowcore pour paysans grabataires. Carl Johns, le type qui chante, n'a cure des styles à la mode qu'il entend sur sa vieille radio portable. Seul avec la nature, il fait corps avec elle. La scie de son atelier lui sert même comme instrument de musique (" Saw Right "). Du violon s'en mêle aussi, parfois, pour rajouter du pathos (" Rabbit is Asleep ", " Two Members "). Sans doute que notre garçon n'a pas toujours eu la vie facile, sinon comment expliquer cette lenteur automnale qui frappe cet album, jusqu'à scléroser toute tentative d'espoir ? Sur " On East Whistlin' ", Johns siffle, mais pour conjurer le mauvais sort ou se faire croire qu'il n'est pas tout seul. Ses " hymnes aquatiques " cachent un fond trouble et dangereux. Sous la vase, la vie est à l'arrêt. C'est le noir complet. N'y perce que le silence.

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