Iggy Pop siège sur son trône de parrain rock'n'roll depuis plus de trois décennies, toisant tous ces jeunes blancs-becs qui ne jurent que par " Fun House " découvert un jour dans la discothèque de leur grand frère. Quand ceux-ci faisaient encore pipi dans leur Pampers en chialant pour leur tutute, L'Iguane rockait, encore et toujours. Il rockait, il rocke, il rockera, en témoigne ce nouvel opus d'une violence renversante, qui nous ramènerait presque au temps béni des Stooges, quand de jeunes types osaient encore se foutre du business et vivre dans l'excès en se tartinant de beurre de cacahuètes. Oui, les Stooges : une vieille histoire, qui resurgit du passé sans crier gare, depuis que les frères Asheton ont décidé l'année dernière de ressortir leur vieux blouson et de jammer avec Mike Watt et Jay Mascis, en souvenir du bon vieux temps. Iggy, sans doute étonné que ses anciens potes tiennent encore sur leurs guiboles, n'aura pas attendu bien longtemps pour rameuter la troupe. Résultat : quatre titres des Stooges, ‘les’ Stooges. Et pas des moindres : " Little Electric Chair ", le morceau d'ouverture, balaie de ses riffs énormes trente ans d'attente et de frustration, comme si nos trois amis ne s'étaient jamais vraiment quittés. Le deuxième titre du lot, " Skull Ring ", surprend lui aussi par son énergie viscérale, même s'il ressemble au " Peter Gunn " d'Emerson, Lake et Palmer, cette scie musicale à nouveau " fashion " depuis le bootleg des 2 Many DJ's (NDR : avec Basement Jaxx, sur " " As Heard On Radio… "). Dire que ces types ont 160 ans à eux trois ! Quant aux deux autres titres co-signés par Iggy et les frères Asheton (" Dead Rock Star " et " Loser "), ils dégagent aussi pas mal dans le genre " sex, drugs and rock'n'roll ". Le plus surprenant, pourtant, est encore à venir : parce qu'après " Beat' Em Up ", album couillon au possible, on donnait peu cher de la peau de l'Iguane et de ses musiciens, tronçonneurs hardeux d'une grossièreté atterrante. Eh bien non ! Les six titres estampillés " Iggy & The Trolls " n'ont pas à rougir, miracle, de la concurrence stoogienne : " Perverts In The Sun ", " Whatever " (un rien Pixies) ou le menaçant " Inferiority Complex " dépotent grave, et cette fois sans stéroïdes de gros bouseux abonnés à la pipelette. Autre surprise, et de taille : les " djeunes " de Sum 41 et de Green Day, sans doute invités comme caution marketing, et qui assurent correctement les arrières de notre homme d'Ann Arbor, ni plus ni moins (dommage que les accords du sympathique " Private Hell " ressemblent à s'y méprendre à ceux de… " Lust For Life "). Reste encore la reprise du " Rock Show " de Peaches avec la folle en personne, également présente sur un " Motor Inn " décapant, et ce blues dépouillé avec un Iggy seul à la guitare, hululant sa haine du music business comme un vieux pensionnaire de Fat Possum (son label préféré). Autant vous dire que ce disque est une petite tuerie, le meilleur d'Iggy depuis des lustres, et la preuve incontestable qu'on peut vieillir et continuer à vociférer du rock sans passer pour un vieux schnock.
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