Troisième album pour cette formation madrilène qui reconnaît pour influences majeures Tindersticks et Calexico. Ce qui devrait vous permettre de vous donner une petite idée du style pratiqué par Migala. Si le disque s'ouvre par deux instrumentaux, qui auraient pu relever de la plume d'un Ennio Morricone, le reste de l'opus baigne dans une atmosphère ténébreuse à la mélancolie saumâtre. Une sensation accentuée par la voix d'Abel, dont le timbre campe un hybride entre celui de Léonard Cohen et de Bill Callahan. Et qu'il épanche tantôt dans la langue de Cervantes, tantôt dans celle de Shakespeare. Seuls l'allègre " Suburbian empty movie theatre " et " Last food around " concèdent une petite lueur d'espoir. Mais pour les autres… Le plus étonnant chez Arde se situe dans la texture des chansons. En fait, la texture basiquement folk est successivement revisitée par l'électronique, la pop, avant d'être traversée de collages post industriels. Une curieuse cohabitation entre guitares acoustiques, électriques, violon, accordéon, trompette, piano, synthés, samples et arrangements à caractère symphonique, ponctuée de bruitages aussi divers que bris de verre, crissements de pneus, circulation urbaine, cris, conversations, accidents de voitures, passage du train sur les rails, etc. On a même droit à trois titres plus tumultueux. Tout d'abord " La noche " et " Cuatro estaciones " et puis surtout le titre maître. Un fragment d'ambient noisy qui aurait pu naître d'une rencontre hypothétique entre My Bloody Valentine et Robert Fripp. Maintenant, n'imaginez surtout pas que les compositions soient envahies d'expérimentations ou de bidouillages technologiques. Non, le tout est dosé avec parcimonie, de manière à laisser le charme subtil des mélodies produire ses effets…

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