L'étape du troisième album est toujours un moment décisif dans la carrière d'un groupe rock. Après avoir commis un "Herzeleid" martial à souhait et un "Sehnsucht" qui leur avait fait connaître amour, gloire et beauté sur tout le globe, les Allemands de Rammstein allaient-ils se conformer dans cette formule électro-métal-gothique sophistiquée, sans prendre le risque de valider de nouvelles théories musicales? Ces derniers temps, les interrogations étaient grandes. Dès "Mein herz brennt", premier titre caractérisé par son riff qui n'est pas sans évoquer le "Kashmir" de Led Zeppelin, le ton est donné. Les Teutons n'ont rien perdu de leur sens aigu du heavy qui tache, mais y ont ajouté une touche épique, des harmonies sombres, mélancoliques, et renforcé le symphonisme par l'apport de chœurs féminins et d'un ensemble à cordes. Savante alchimie entre métal glacial et mélodies aux structures plus complexes, "Mutter" apporte son lot de joies, de surprises et d'émotions au fil des onze titres qui le composent. Et citer les "tubes" potentiels se résumerait tout simplement à énumérer son tracklisting dans son intégralité. En distillant ses chansons dans la langue de Goethe, Rammstein a réussi à imposer à l'échelle internationale, en l'espace de quatre ans, ce que Nina Hagen et Die Toten Hosen tentent vainement d'atteindre depuis l'aube des années 80. Avec un "Mutter" en forme de symphonie martiale, qui devrait arriver en tête des référendums de fin d'année, le combo peut prétendre au titre du groupe métal le plus prometteur du moment.

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