" Gearhound " ne ressemble pas à un disque ordinaire. Seule la succession de morceaux aux titres évasifs nous rappelle le bon temps des albums en vinyle. Plus rien ne subsiste chez Lesser de ce petit bout de chair que représentait la rondelle ; et plus encore, le rock d'il y a quelques années, on ne perçoit plus que de minuscules craquements organiques démantibulés, s'apparentant plus à des gouffres émotionnels qu'à de l'élitisme forcené, des ombres à peine audibles de pop mal foutue, en léthargie, des silence appuyés comme autant d'indicibles naufrages. Lesser ne prend pas la parole, il se tait, laisse plutôt parler la rouille, la raclure enfouie sous les bugs informatiques et autres virus redoutables. Hackers de la pulsation en déroute, Lesser cisaille l'instant de la disparition, de la perte musicale, le moment " x " où tout déraille. Leur Famille, constamment en mutation, regroupe les mathématiciens du bruit blanc Pan Sonic, les fondus de la répétition crade Goem, le travail hallucinant du grand Fennesz, les craquelures numériques des français de Büro et l'électronica dépravée en activité chez Ski-pp. La virulence auditive de tous ces gens ne les rend pas sympathiques. Leurs parti pris radicaux encore moins. Une musique pour téméraires, pour les gens difficiles, pour les amoureux de la chute libre.

Nederlands
Français 
