Le moins que l’on puisse dire, c’est que Smashing Pumpkins est en constante évolution. Surtout sur disque. On avait déjà pu le constater sur le très (trop ?) riche double CD " Mellon collie and the infinite sadness ". Et bien " Adore " est encore plus surprenant. On est d’ailleurs ici à des années lumière du post grunge dispensé sur " Siamese dream " ou sur les planches.
" Adore " privilégie les climats soignés, tendres et délicats. L’ombre de Guy Chadwick plane ainsi sur " To sheila ", à cause de la richesse et de la subtilité des arrangements ; voire même de son défunt House Of Love. Comme sur la ballade " Once upon a time " ou encore sur " Daphné descends ", velouté par une guitare vibrato, " noisy ". Tout comme sur le dernier opus, Smahing Pumpkins réserve également une place à des fragments plus élaborés, plus progressifs. " For Martha ", par exemple. Mais un prog rock qui n’effleure que les aspects les plus paisibles d’un Yes, voire d’un Genesis, lorsqu’il était encore sous l’emprise de l’archange Gabriel. Ou encore " Blank page ", dont les harmonies vocales limpides, irréprochables, falsetto, se lovent dans une texture à la fois brumeuse et complexe, comme chez Robert Wyatt. Le groupe chicagolais n’en oublie pas pour autant de s’aventurer dans le psychédélisme, sur " Behold ! The nightmare ". Cinq minutes douze à la recherche du " Magical Mystery Tour " des quatre de Liverpool, de Syd Barrett et de My Bloody Valentine. Mais le plus surprenant procède de cette approche de l’électro pop pratiquée par le (défunt ?) New Order. Hymniquement " Perfect ", ou, si on veut bien en éplucher un zeste, " Apples + oranges ". On a même droit à un périple dans la cold wave pornographiquement ‘curiste’", à travers le succulent " Shame ". Et si l’intimiste " The tale of dusty pistol Pete " s’inscrit dans un contexte beatlenesque (référence à " Julia " du " Double blanc "), et que " Pug " résonne aux accents bringuebalants d’" I want you " des même Fab Four, le somptueux " Tear ", affiche la solennité baroque du " Beggars Banquet " des Stones, alors que le single " Ava Adore ", semble avoir calqué son groove sur " I will rock you " de Queen. Son groove seulement, heureusement ! Un album remarquable, il faut l’avouer !

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