Je te tiens, tu me tiens par la barbichette… C’est un peu à l’image de ce jeu faussement enfantin et délibérément cruel que l’on peut associer « Paper Sky ». Derrière la pochette à l’aquarelle et aux marqueurs caractérisés par des tons délavés, se cachent monstres, cruautés, pertes et fracas. Non content d’afficher sa légendaire barbe, l’ami Weaver se permet de commettre un cinquième album aussi gris que les précédents. Clairvoyants et pertinents, les arrangements consolent la tristesse générale par de fabuleux traits d’enthousiasme. Les cordes des violons et pianos s’amusent à croiser celles du banjo. Les effets discrets sortant des machines électroniques s’associent aux lignes des accords pour relever le tout. Les créatures ubuesques qui rôdent entre les lignes de textes semblent se délecter du malaise qu’elles procurent. Laissant comprendre qu’ils ne sont que le reflet de nos vies. Tel un miroir sans teint, on observe sa propre image en se sachant à son tour observé. Pourtant Ben n’est pas glauque, ni malsain. Il observe ses congénères et interprète leur comportement avec son ressenti et sa sensibilité exacerbée. Un album déconseillé aux dépressifs, mais qui laisse un parfum de réflexion tout aussi sournois que réfléchi.
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