Victime d'un trou de mémoire de plus de dix ans, Bowie semble avoir retrouvé ses esprits depuis 1993. Concocté sous la houlette de Nile Rodgers, "Black tie, white noise" le réconciliait enfin avec son public de la première heure. Une œuvre qui n'a pourtant pas récolté le succès escompté, mais qui avait au moins le mérite de poser les jalons de sa réhabilitation. En publiant "Outside", il vient définitivement de reprendre sa marche vers le futur. Un peu comme si la dernière décennie n'avait existé que dans un mauvais rêve. Une œuvre ambitieuse, difficile, conceptuelle, abordée avec le même esprit que l'indispensable trilogie berlinoise "Low", "Heroes" et "Lodger". Normal, me rétorquerez-vous, puisque Brian Eno est à nouveau dans le coup. Et le mage de l'ambient a pris une part prépondérante dans la mise en forme d'"Outside", premier volet d'un conte d'épouvante, d'anticipation, qui met en scène des personnages détraqués et morbides. Une projection poussée à l'extrême de l'avenir de notre civilisation, tant du point de vue social qu'artistique. Musicalement, si vous ne connaissez Bowie qu'à travers sa période post "Let's dance", vous risquez fort de tomber des nues. La pop n'a plus voix au chapitre que pour tramer la ligne mélodique du vocal de Bowie. Un vocal à la dextérité vertigineuse mis au service de 14 tableaux différents alignés dans sa galerie sonore. Septante-cinq minutes possédées par la fusion glauque du funk, du rock, de la techno, de la jungle, du jazz, du rock, du glam, de l'avant-garde et de l'ambient. Une ambient exacerbée par les interventions spectrales du piano de Brian Eno, intensifiant à l'extrême les sentiments de tension, de frayeur, d'angoisse et de passion. Probablement un album de la décennie!

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