C’est bien que Matthew Caws ait pu arrêter son boulot de disquaire, grâce au succès de « Let Go », l’excellent troisième album de Nada Surf. En même temps, un boulot de disquaire, c’est formidable : être plongé dans ce qu’on aime le plus (NDR : la musique) toute la journée, moyennant dividendes, forcément on aurait tort de se priver. En même temps, se coltiner le fan de Véronique Sanson ou l’aïeul sourd et malpropre qui coche dans sa vieille liste pourrie le 189e disque de Bach qu’il vient d’acheter, les yeux fébriles, la langue pendante, le crâne qui pellicule… Ca le fait déjà moins. D’où l’intermède musical, le groupe de potes qui ‘boeufent’, voire mieux : qui connaît la gloire, puis le succès critique. Nada Surf, donc ? Le malentendu « Popular », la retraite commerciale, le deuxième album perdu dans les limbes de la distribution, le retour inattendu, puis cet album, « The Weight is a Gift »… Un cadeau de poids. Une écriture limpide, pop au sens noble du terme. De la mélancolie, parfois même énergique. Le truc « High Fidelity », en somme… Pas étonnant que Matthew Caws était jadis disquaire ! Alors, quoi ?!?, faut-il être terriblement heureux pour écouter de la musique pop, ou profondément désespéré ? Le mieux est de rester gentil, surtout avec les ‘bons clients’.