Tortoise, sans doute le groupe américain à qui on peut reprocher d’avoir lancé (grosso modo) la vague post-rock il y a plus de dix ans. Avec le temps, difficile de se souvenir du bien-fondé de cette étiquette : post-rock ? Du recyclage en règle d’une certaine tendance jazz et kraut-rock (Can, Weather Report,…), voire la version pédante d’un rock progressif qui fit le malheur des coiffeurs dans les années 70. En 2004, que reste-t-il de Tortoise, cité à tort et à travers depuis ce jour béni (sic) où dans leur cave John McEntire et ses potes ont eu la bonne idée de s’essayer au vibraphone ? Pas grand-chose. Du moins c’est ce qu’on croyait après le pénible « Standards », sorti il y a quatre ans sur Warp et qui voyait Tortoise s’enliser dans une bien piètre caricature : la sienne (du post-post modernisme ?). D’où cette résolution pour l’année nouvelle : revenir à quelque chose de moins ambitieux mais de plus excitant, bref éviter l’esbroufe techn(olog)ique et parier cette fois sur l’humain, le plus terrestre. Sur cette nouveauté : des voix (certes passées au crible synthétique), sur le très beau « The Lithium Stiffs »… Tortoise prouve ainsi qu’il lui est encore possible d’un peu renouveler sa palette sonore : épicé par ses riffs bourdonnants et sa batterie qui vitupère, « Salt the Skies », le titre de clôture, sonne même franchement (post-) rock’n’roll. Mais que les fans se rassurent : « It’s All Around You » est du Tortoise pur jus, infusé par ce bon vieux vibraphone (les typiques « Stretch » et « On The Chin ») et ces subtiles collisions sonores, moins surprenantes qu’il y a dix ans, mais toujours un poil au-dessus de la mêlée.