Quelques semaines plus tôt, les Black Keys rendaient hommage à Junior Kimbrough par le prisme d’un mini-album intitulé « Chulahoma ». Le flingue bariolé illustrant la pochette laissait entrevoir une œuvre sans concession. Le blues – base de production du duo d’Akron – du maître s’électrocutait alors aux riffs poisseux de ses élèves : Dan Auerbach (chant, guitare) et Patrick Carney (batterie). Après cette dédicace distordue, les Black Keys goûtent aux effets de « Magic Potion ». Sur ce nouvel album, le rock tente de subordonner le blues. Mais ce dernier riposte. Il sursaute, vibre. Et jamais ne se laisse dompter. L’antidote concocté par Carney et Auerbach constitue un nouveau tour de force : confrontation instable campée entre rock’n’roll et blues, douleur et sueur. La guitare et la batterie célèbrent ici une symbiose de tous les instants. Le timbre de Dan Auerbach évoque celui d’un vieux bluesman, éreinté par la vie, accablé par les brûlures du soleil mais fier de son pacte conclu avec le diable. A l’heure du quatrième album, les Black Keys affichent leur personnalité. Entière, vouée aux souvenirs de l’esclavagisme noir américain et aux riffs burnés d’une meute de teenagers restés trop longtemps cloîtrés dans leur garage. Remède moderne aux divers égarements sonores, « Magic Potion » est une fiole de jouvence essentielle pour ce bon vieux rock’n’roll. Sans crainte, les novices peuvent absorber « Just A Little Heat » et « Goodbye Babylon ». Métamorphosés, ils marcheront dans le droit chemin. L’effet est immédiat, garanti. Pas rétrogrades, mais fidèles aux principes fondateurs du mode binaire, les Black Keys demeurent nos druides favoris. Buvons à cette « Magic Potion ». Buvons !
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