Il s’agit d’un de ces disques qui vous prennent par surprise, puisqu’ils ne sortent quasi de nulle part. En gros la campagne US, Baltimore, mais encore ? On parle ici de « maison balnéaire », mais on pense moins à Miami qu’à Venise ; et de ces entrelacs de mélodies, qui n’ont l’air de rien, se dégage un plaisir diaphane, comme en automne où les feuilles se flétrissent et les rongeurs hibernent. De Victoria Legrand (chant/orgue) et d’Alex Scally (guitare) on ne sait pas grand chose, et à vrai dire c’est mieux ainsi. Car leurs chansons bancales, interprétées avec la foi d’un couple qui croit en la félicité d’une belle mélodie, même (et surtout) fragile, parlent pour eux davantage qu’une bio glanée sur internet.
Il n’y a pas de plan de carrière sous le plastique de ce disque magique : juste neuf ritournelles sans apprêts indigestes, jouées béatement sans recourir à aucun vice de forme. Une guitare cotonneuse, un orgue sépulcral, et deux-trois pulsations évadées secrètement d’une petite boîte à rythmes : il n’en faut pas bien plus à Beach House pour sonner le tocsin d’une pop surannée, aux gestes emprunts de solennité joyeuse. Proche en cela de l’onirisme déroutant d’Animal Collective et de First Nation (autrement dit l’écurie Paw Tracks), Beach House laisse une vague impression de chansons hors du temps et de ce monde cynique. Et peu importe si Victoria Legrand possède une voix fragile, en creux : les airs qu’elle chantonnent valent bien cet à-peu-près mystique (on pense aussi parfois à Nico, à Broadcast, au Goldfrapp de « Felt Mountain ») et nous laissent rêveurs. C’est beau, une plage en automne. C’est encore mieux en écoutant Beach House.

Nederlands
Français 
