Pour écouter le rock ‘pétrochimique’ des Georges Leningrad, il convient d’être remonté à bloc, légèrement débloqué et complètement déguisé. No-wave ou post-punk, musique expérimentale ou avant-gardiste, Les Georges Leningrad brouillent régulièrement les pistes. Chaque nouvel essai discographique de la clique québécoise demeure l’occasion de réitérer un formidable numéro d’équilibriste, une acrobatie étrange, un balancement permanent entre la folie furieuse et le délire incompris.
Intitulé (pour Dieu sait quelles raisons) « Sangue Puro », le nouvel album des Georges Leningrad échappe, une fois encore, à toute catégorisation. Aux commandes de ce navire fantôme, il ne reste que trois moussaillons : Poney P, Mingo et Bobo Boutin. Tous les autres marsouins se sont jetés par-dessus bord, atteints d’atroces démences. Plus que trois, donc. Après « Deux Hot Dogs Moutarde Chou » et « Sur les traces de Black Eskimo », « Sangue Puro » demeure à l’image de ses deux prédécesseurs : il ne cherche pas à plaire. Ce nouvel album préfère choquer, brutaliser les esprits et entraîner nos âmes inconscientes dans une inavouable transe épileptique. Danses de sioux(sie & the Banshees), prototypes sonores et effluves musicales intergalactiques sont donc au programme de cette livraison dadaïste.
De cet album, on retiendra surtout « Eli Eli Lamma Sabachtani », un trip tribal transcendantal reposant sur un lit de percussions percutées. On se souviendra longtemps aussi de « Mammal Beats », une ode bestiale où se croisent cris d’animaux (éléphants, tigres, etc.) et refrains échauffés. En final, un morceau intitulé « The Futur For Less » nous donne la vague impression d’être enfermé dans la salle des machines d’un sous-marin nucléaire dérivant au large de la mer des Tchouktches. Ou n’importe quelle étendue d’eau salée au nom improbable. De toute façon, on s’en fout : en compagnie des Georges Leningrad on est quand même bien barré !

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