On pourrait dire, certes, qu’Isis est un groupe de 'metal' qui pourrait plaire aux filles. Sous cette chape de riffs lourds et d’'harsh vocals' qui plombent gentiment « In The Absence Of Truth », se trame peut-être quelque chose d’étrangement féminin. C’est presque romantique, ce mélange de post-rock épique et de doom 'priapique'. Son écoute peut se révéler, au lit avec une femme, d’une étonnante ductilité. 'Qui peut être allongé, étendu, étiré sans se rompre' : sous la couette les éléments se déchaînent, jusqu’à l’essoufflement post-coïtal. C’est ce qu’on écrivait à propos d’Isis, il y a deux ans. Depuis lors de l’eau a coulé sous les ponts, et l’on se dit que le nouvel album d’Aaron Turner et de ses potes pourrait encore bien davantage plaire aux filles. Parce que les filles aiment Tool quand elles n’aiment pas le 'metal', et que ce disque s’en approche (« 1000 Shards »), tout en sonnant de plus en plus post-rock. « In The Absence Of Truth » pourrait bien être ainsi l’album le plus accessible d’Isis, autrement dit le moins atrabilaire. D’autant que Turner, quand il évite de cracher ses poumons, chante comme… Layne Stanley, l’ex-(feu) chanteur des bouseux grunge d’Alice in Chains. Autant dire que ça vous casse un morceau de la trempe de « Dulcinea », qui malgré sa puissance rythmique et sa furie heavy donne juste envie de ressortir le T-shirt de Cobain en bramant les paroles de « Would ? ».
Certes, chacun des neuf morceaux de cet album (le quatrième) fait montre d’une technicité jamais mise à mal, d’un sens de la construction a priori inébranlable… Mais qui finissent par ennuyer à force d’être sans cesse dupliqués, un peu comme à la chaîne. Chaque titre se voit ainsi divisé en autant de parties calmes/brutales. Turner chante puis hurle, et ainsi de suite : autant dire qu’à la fin on sait d’avance ce qui va se passer, et c’est là que le bât blesse. Le parfait disque anti-climax, puisqu’il sonne comme bloqué sur la touche 'repeat'. Vous avez raté la chanson 2, en plein assoupissement ? Pas grave : écoutez donc la chanson 7 ! Isis, ou le metal Duracell. Que ceux qui le décrivent comme 'progressif' achètent un dictionnaire.