Découvrir Placebo en 2006 relève de la puissance surnaturelle, d’un absentéisme terrestre, voire d’un rôle majeur à l’affiche d’« Hibernatus 2, le retour de Paul Fournier ». Le nouvel album du trio londonien est un touche-à-tout sonore. Moins éparpillé que « Black Market Music » (2000), plus cohérent que « Sleeping With Ghosts » (2003), « Meds » ne parvient pourtant pas à étaler le fard du succès de « Without You I’m Nothing » (1998). La rage de « Placebo » (1996) est désormais contenue. Le côté pernicieux de la figure androgyne de Brian Molko a laissé apparaître un trentenaire assagi, figure médiatique d’un establishment rassuré. Ce cinquième album de Placebo demeure néanmoins une belle machine de guerre, une locomotive glam-rock marquant régulièrement des escales dans des paysages esquissés de pop et de new-wave. Au rang des invités, deux grosses pointures sont au rendez-vous. En ouverture, Alison Mosshart (alias VV), la moitié féminine des Kills, offre toute sa sensualité à « Meds », inauguration éponyme de ce nouveau disque. En fin de parcours, Michael Stipe (REM) exalte le gentil « Broken Promise ». Le single « Song To Say Goodbye » s’est déjà chargé de rouvrir la vanne tubesque. En toute logique, le très recommandable « Because I Want You » devrait suivre le chemin des charts. En définitive, « Meds » ne souffre d’aucune pose embarrassante. Placebo a retrouvé ses guitares pour s’adonner à de belles escapades (« Infra-Red », « Post Blue »), nuancées de quelques efforts complaisants (« Drag », « One Of A Kind »). Les âmes sensibles, enfin, laisseront s’écouler les sanglots à l’écoute de « Pierrot The Clown » et « Follow The Cops Back Home ». Deux retours gagnants sur les planches théâtrales de l’affliction dramatique de « Without You I’m Nothing ». En 2006, Placebo n’a pas mouillé sa vareuse, évitant de s’aventurer sur terrain glissant. Le groupe a préféré pérenniser ses préceptes, sans prendre de véritables risques. Sans doute s’agit-il du choix le moins préjudiciable.

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