A force de tourner ensemble, les barbus de Sunn O))) et les nippons de Boris se sont mis dans la tête qu’ils devaient enregistrer un disque. Non pas un ‘split album’, mais bien un album de collaboration, où chacun aurait son truc à dire et son riff à jouer (5 minutes min.). Après l’hénaurme « Black One » pour les uns (pièce maîtresse du genre doom-drone-avant-metal) et « Pink » pour les autres (du rock’n’roll irascible et couillon), voici donc « Altar », produit marqueté pour plaire aux ados qui s’estiment différents. Ils ne seront pas déçus, même si « Etna », le morceau d’ouverture, manque curieusement de singularité. On reconnaît bien sûr la batterie pied au plancher d’Astuo (Boris, donc) et les drones reptiliens d’Anderson et d’O’Malley, mais le séisme tant attendu n’est même pas mesurable sur l’échelle de Richter. Après un interlude sans grand intérêt (« N.L.T. »), voilà que nos soi-disant pourfendeurs de la cause doom se mettent au piano, aux tambourins et au slowcore : « The Sinking Belle (Blue Sheep) » sonne ainsi comme du Low reprenant Julee Cruise, avec Jesse Sykes au chant. Mais où sont donc passés les malades de Xasthur et de Mayhem ? Auraient-ils échangé leurs Immodium contre une plaquette de Xanax ? Alors qu’on aimait Sunn O))), voire Boris, pour leurs ambiances laxatives, voilà qu’ils nous emmerdent à vouloir épurer leur gros son. Et ce n’est ni Joe Preston (pathétique prestation au vocodeur sur « Akuma No Kuma ») ni Kim Thayil (Soundgarden) qui nous feront changer d’avis : cet « Altar » pue le consensus mou, malgré le fait qu’il reste une aventure sonique hors du commun.

Nederlands
Français 
