L’an dernier, Okkervil River commettait l’excellent « The stage names », un elpee qui n’avait pourtant pas enthousiasmé la presse spécialisée. Question de goût, probablement. En fait, à l’origine, cet opus devait être double. Et les chansons de ce « The Stand Ins » devaient figurer sur la seconde plaque. Finalement, Will a préféré scinder l’œuvre en deux plaques distinctes. Evidemment, certaines compos trahissent certaines similitudes avec le précédent. Et puis on y retrouve encore Jonathan Meiburg, parti depuis se consacrer entièrement à son propre projet, Shearwater. Ainsi sur « Lost coastlines » Jonathan conjugue son baryton avec le timbre versatile mais vibrant de Will. Un morceau qui libère un groove motownesque alerte, malgré la basse new wave et le final mariachi. Une fièvre mariachi que l’on retrouve sur le final et meilleur titre de l’opus, « Bruce Wayne Campbell interviewed on the roof of the Chelsea Hotel, 1979 ». Cuivres et pedal steel nous entraînent même dans un univers proche de Calexico. Une chanson dont les lyrics racontent l’histoire de Bruce, un musicien gay, atteint du SIDA, rejeté par la société, qui a fini par se suicider en 1983. On parle d’ailleurs souvent de mort sur cet elpee. Suffit de regarder la pochette pour en être convaincus. La mort ou le présage de la mort. Comme le reflète cette carte de tarot. Parce que les lyrics de Will Sheff sont toujours aussi poignants, dramatiques, torturés et désabusés. Nous ne sommes d’ailleurs souvent pas tellement loin du roman. D’un Carver, par exemple.
Mais revenons-en à la musique de ce disque. Il a été baptisé « The Stand Ins », parce qu’il recèle trois morceaux instrumentaux répondant au même titre. Des interludes atmosphériques de brève durée. Et puis huit morceaux remarquables. Dont les deux évoqués dans le premier paragraphe. Mais aussi « Singer songwriter », une compo réminiscente du troisième album de Led Zeppelin, quoique davantage country que folk. A cet instant, le timbre vocal de Will semble campe bien un hybride entre Will Johnson (Centro Matic) et Win Butler (Arcade Fire), et ses inflexions rappellent à nouveau celles de Robert Plant. Le chaud et tendre « Starry Stairs », morceau caressé par la trompette enchanteresse de Scott Brackett. La ballade écorchée, douce-amère « Blue Tulip », caractérisée par des accès de guitare pétillants, noisy même. Le power pop très eighties « Pop lie ». La valse lente mélodramatique « On tour with Zykos », un titre enrichi par des arrangements de cuivres et de cordes, mais surtout balisé par des accords de piano profonds. Enfin, la plage la plus autobiographique de l’opus, « Calling and not calling my ex » (NDR : la plupart des morceaux sont conjugués à la première personne du singulier !), une compo curieusement mélancolique et allègre, abordée un peu dans l’esprit de Pulp.
Et pour que votre info soit complète sachez que cet opus remarquable a été coproduit par Brian Beattie et le groupe. Personnellement, l’album de l’année !

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