Singleton plus que trentenaire éclairant l'Hexagone, initiateur d'un certain 'rock théâtral', Ange fut jusqu' il y a peu LA référence incontournable pour tous les groupes prog français. Boudé par les médias, idolâtré par une sympathique tribu d'imbibés, provocateur de talent, c'est typiquement le groupe dont on adorerait n'avoir que du bien à dire. Dans cette perspective, l'album précédent du groupe, « Culinaire Lingus », était un pur régal. Auquel il était difficile de donner un successeur de qualité égale ou supérieure. Qu'en est- il de ce « « N´importe lequel de préférence » ? Les paroles, d'abord. La poésie surréaliste maniant volontiers jeux de mots, doubles sens et dérapages savoureux a toujours été une composante déterminante de l'œuvre. Elle est fidèle à elle-même et se pose ici en véritable 'marque de fabrique'. Car musicalement, le groupe dilue son identité dans un 'laboratoire' aux résultats multiformes. Il serait indécent de reprocher à Ange d'évoluer. Mais force est de constater que les compos partent dans tous les sens ; et que le band, de tête de proue, s'est mué en suiveur, s'abreuvant à plusieurs sources à la fois. Certains morceaux nous laissent sur notre faim. « Le couteau suisse » est déclamé plus que chanté, sur lit de rythmique trip hop, et laisse trop peu d'espace au foisonnement de trouvailles sonores qui ne font que passer. Des reproches similaires s'adressent à « J'aurais aimé ne pas t'aimer ». 'Entre foutre et foot' endosse la révolte des femme-objets, mais le fait au travers d'une composition succincte et d'une durée… machiste. Plus frustrant est le cas de « Naufragé du Zodiaque ». Nappée de claviers en boucles façon Crimson, la première partie est vraiment excellente ; mais la suite est gâchée par une batterie (pourtant parfaite partout ailleurs) qui, de faux départs en incursions explosives, ne trouve jamais sa place. Dommage, vraiment. Heureusement, il y a du très bon. « Histoires d'outre rêve » s'impose en pièce maîtresse. Les breaks judicieux s'y succèdent. Le père Descamps s'y lâche avec énergie et puissance. Les mélodies sont attachantes et sa finale instrumentale, basée sur un thème finement exposé en début de plage, libère un groove assassin. Au rayon des franches réussites, épinglons encore « Le cœur à corps », rengaine énergique et entraînante enrichie d'un efficace duo au chant. « Les eaux du Gange » séduit par sa beauté sereine, alors qu'elle évoque la mort. D'autres plages permettent de passer un très bon moment ou nous réservent d’agréables surprises. Certes pas un mauvais CD, donc. Mais un album de transition. Qui par sa richesse et ses qualités, confirme le potentiel de l'équipe actuelle. Deux mots sur l'emballage pour terminer : beau et comique.