Il y a du masochisme à s’appeler Ambulance LTD, à moins que ce ne soit une réminiscence de l’époque punk où tout le monde s’ingéniait à se trouver un nom le plus ridicule possible, histoire de bien se déprécier (ce qui était d’un grand chic). Et comme on n’est pas sadique, on évitera soigneusement de tirer sur cette Ambulance, fût-elle société anonyme (c’est ce que veut dire « LTD », pour « Limited »). Ambulance LTD est donc un quatuor new-yorkais, originaire de Brooklyn. Il ne doute de rien et a sorti l’an passé un premier album fort bien accueilli. Il y joue un rock indépendant pas follement original puisqu’il recycle avec savoir-faire des recettes entendues chez les Smiths (l’instrumental « Yoga means union » qui ouvre le disque reprend à son compte la guitare en ellipse à la façon de Johnny Marr), et surtout chez le Velvet Underground dont on se demande bien quand l’influence finira par s’estomper… Cà et là, on pense aussi à la vague de ces groupes britanniques qui, en concert, ne jouaient que les yeux rivés sur leurs godasses (Ride, Stone Roses, etc.). Tout ceci sonne donc joliment suranné, et pourrait même être un sujet de risée si - à mon grand étonnement, je l’avoue - les chansons du groupe ne prenaient pas un malin plaisir à squatter vos neurones. Le genre: vous écoutez une chanson au réveil et elle vous trotte dans la tête toute la journée comme si un patch vous la diffusait en permanence. Eh bien, Ambulance, c’est exactement ça: des chansons entêtantes qui finissent par avoir un charme désarmant. Parce qu’en plus, on ne parvient pas à savoir si ces chansons vous mettent dans un état euphorique ou mélancolique. C’est à la fois l’un et l’autre, l’un puis l’autre, l’autre puis l’un… Bref, on navigue dans un entre-deux. Exactement comme dans un rêve lorsqu’on est presque éveillé : on a le pouvoir d’influencer son déroulement, entre réalité et songe ; on a aussi le pouvoir de le prolonger, simplement parce qu’on s’y sent bien.