Sur ce troisième album aux collages mortifères, Nick Zammuto et Paul De Jong fignolent encore un peu leur méthode de - pour emprunter un terme inventé par Burroughs et Gysin - de cut up… Des entrelacs de voix et de discours samplés, d’acoustique désincarnée et de bleeps surréels : chez The Books le coupage (en quatre) de bruits, de notes et de vocalises s’apparente peut-être à une méthode, mais à une méthode qui marche et qui émeut. Folk mutant aux dérives électro, la musique du duo joue au flipper avec nos certitudes : point de repères ici, la carte musicale s’efface pour laisser le champ libre à nos envies. Et à nos doutes aussi. Entre deux couches de sons volés et de nappes sans attaches, le cerveau réfléchit sans boussole : à lui de trouver du vécu, dans ce banjo qui braille, dans ces cordes qui vibrent, dans ces paroles qui fusent. Ni chant ni chansons tels qu’on se l’imagine, l’univers de The Books échappe à tout rangement hâtif dans les couloirs étroits et poussiéreux de notre discothèque. « Lost and Safe » est un disque presque ‘monde’, où l’oreille se promène et découvre sans cesse… Tout est dit dans le titre : à chacun de s’y perdre sans craindre pour sa peau.