Le quatrième album de Devendra Banhart propose la bagatelle de 22 titres en près de 75 minutes. Un disque pour lequel il n’a plus fait appel à Michael Gira à la production, mais à Noah Georgeson (Joanna Newsom) et surtout Thom Monahan (Pernice Brothers). Une oeuvre pour laquelle il a également reçu le concours de son groupe de tournée, les Hairy Fairy, mais également d’Andy Cabic (Vetiver), un pote du lycée. Lorsqu’on observe la pochette, on ne peut s’empêcher de penser à « Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band » des Beatles. Un véritable clin d’œil qu’il traduit d’ailleurs à travers quelques chansons rendant hommage aux Fab Four. Et je pense tout particulièrement à l’hymne ‘lennonesque’ et antimilitariste « Heard somebody say », à l’exotique (George Harrison ?) « Lazy butterfly », impliquant tabla, sitar et tout le saint tremblement. Et bien sûr à la compo « The Beatles », nonobstant la seconde partie de la plage chantée dans la langue de Cervantès. Une langue qu’il utilise d’ailleurs sur plusieurs morceaux de cet opus, rappelant que l’intéressé a vécu une bonne partie de sa jeunesse au Venezuela. Et qu’il admire toujours autant Caetano Veloso auquel il emprunte, pour la circonstance, quelques accents bossa nova. En outre, il se réserve une cover de la « Luna de Margarita » de Simon Diaz. L’enfance est une période de sa vie qu’il voudrait éternelle. Ce qui explique sans doute la présence d’une chanson comme « I feel just like a child » (NDR : rien à voir avec le « Sometimes I feel like a motherless child », un standard gospel revisité par Richie Havens lors d’un célèbre festival en 1969. Quoique.) qu’il interprète sur un ton hypnotique, réminiscent de Lou Reed. Près d’un tiers des morceaux de cet elpee trahissent cet état d’esprit. Même le titre maître est une expression lyrique. Musicalement, Devendra pratique une sorte de folk très subtilement teinté de psychédélisme. Un peu dans l’esprit de Lovin’ Spoonful, mais en moins blues et davantage sous influence (…) Mais ce qui fait le charme de sa musique, c’est sa voix. Légèrement chevrotante, elle campe une sorte d’hybride entre Jeff Buckley et Cat Stevens. Et son sens mélodique particulièrement contagieux. Le plus amusant dans cette histoire, c’est que notre gaillard et ses acolytes semblent bien décidés à vouloir faire revivre la flower power. Cheveux longs, barbes, tuniques indiennes, vie en communauté, etc. (NDR : qui a dit amour libre ?). Un sujet qui mériterait un autre débat. Encore faudrait-il que le Devendra en question veuille bien s’expliquer (NDR : à moins qu’il n’ait rien à dire). Précisant, par exemple, la raison pour laquelle il a enregistré ce « Cripple Crow » aux studios Bearsville de Woodstock. Ou encore. J’entends déjà des babas cool entonner le ‘rain chant’.