Avant de se concentrer sur Mercury Rev, Jonathan Donahue a sévi quelque temps chez les Flaming Lips. D’abord comme technicien et ensuite comme guitariste. Il a même participé aux enregistrements des albums « A priest driven ambulance » et « Hit to death in the future head ». Sous le pseudonyme Dingus. Wayne Coyne et Jonathan sont d’ailleurs toujours restés de bons amis. Ce qui explique sans doute pourquoi il est facile de faire un parallèle entre la musique des Flaming Lips et celle de Mercury Rev. Même si la naissance des F.L. remonte au début des eighties et que l’aspect théâtral et visuel de leurs prestations scéniques a pris de plus en plus d’importance. D’un style underground pur et dur, les deux formations ont peu à peu évolué vers un univers sonore majestueux, luxuriant, presque prog. Mais en ayant le bon goût de ne pas se départir d’une sensibilité baroque qui les rend si uniques. Certains médias n’ont d’ailleurs pas hésité à qualifier Mercury Rev de Pink Floyd du 21ème siècle. Pour enregistrer « The secret migration », Mercury Rev à de nouveau fait appel à Dave Fridman, collaborateur de longue date et ex bassiste du groupe, à la coproduction. Et pour la première fois, la mise en forme a été raffinée à l’extrême. Un peu dans l’esprit d’un Philip Glass. Résultat des courses, plusieurs écoutes sont indispensables pour en saisir toutes les subtilités. C’est sans doute le seul reproche qui peut être fait à cet elpee. Car lorsqu’on se laisse entraîner, ce disque nous plonge dans un monde tour à tour visionnaire, poétique, pastoral ou magique, un monde au sein duquel Mercury Rev a créé sa propre logique. Chaque parabole que Jonathan aborde de sa voix flûtée, traite de l’homme face à la nature. Et des conflits qui naissent de leur rencontre. Mais si « Deserter’s songs » incarnait l’automne de leur muse, « The secret migration » annonce le printemps. Et si les traces de psychédélisme ne sont plus aussi flagrantes, elles ont toujours aussi présentes. A l’instar du complexe et agité « The climbing rose ». Enfin, si on y recèle encore deux titres menaçants, l’hymnique « Arise », et puis « Black forest (Lorelei) », l’ensemble a plutôt la tête dans les nuages. Un romantisme éthéré, atmosphérique, qui peut parfois rappeler le Barclay James Harvest des débuts, The Church, James (NDR : postcard oblige!),les Beatles circa « Magical mystery tour » ou encore le Floyd de « Wish you were here ». Et en conjuguant ses harmonies vocales à la perfection, un fragment comme « Moving on » lorgne même du côté des Beach Boys. Du grand art !