Une aube privée de sons serait bien triste : au réveil on aurait l’impression de ne pas avoir quitté la nébuleuse nocturne, et l’on deviendrait fou à force de ne plus distinguer ce qui sépare la nuit du jour - si ce n’est la lumière. Red Sparowes, le side-project de deux gaillards d’Isis (Bryant Clifford Myer et Jeff Caxide), se voudrait donc la bande-son idéale de cette matrice étrangement suffocante. En gros du post-rock plein de puissance et de mélancolie, qui rappelle… Isis, mais sans les hurlements. L’alliance du lourd (les guitares, la batterie) et du léger (le piano, les mélodies), dont les effets s’annulent pour que subsiste seulement ce fameux vide. Une aube sans sons, comme un jour sans soleil et une nuit sans lune : le vortex abyssal, sans oiseaux qui piaillent et voitures qui klaxonnent. Dans ce flou cotonneux Red Sparowes veut déchirer l’hymen : il se détend mais ne rompt pas. Les flots de sang barbotent derrière en attendant leur heure. La vie est en suspens, arrivera-t-elle à terme ?