Elevé au statut suprême, suite à l’échappée d’« Agaetis Byrjun » en 1999, Sigur Ros vit depuis dans un état artistique insulaire, bordé par la presse anglo-saxonne. Les Islandais symbolisent humblement leur nation : pays de glaciers et de volcans, vivant de l’élevage des moutons, de la pêche mais aussi, et surtout, de musique… « Takk » (merci en islandais), quatrième album, est un nouvel effort de style : accomplissement total des messes psychédéliques prêchées par Jason Pierce, vue en contre-plongée du firmament de la musique classique, expérimentation alternative à la jouissance électronique. Sigur Ros ébauche une musique lumineuse, délicate, cadencée d’électrochocs sinusoïdaux, hors de l’espace et du temps. Les états d’âmes des musiciens surprennent, comme sur « Selest » et son apothéose cuivrée, s’échappant du disque telle une ultime éruption volcanique. Tétanisant aisément ses auditeurs (« Glosoli », « Hoppippola »), Sigur Ros persiste et creuse son sillon à l’ombre des modes et des tendances. Pourtant, le quartette se prend parfois à son propre jeu. En accumulant styles et genres, mélodies et litanies, Sigur Ros ouvre les portiques d’une multitude de chapelles, éprouvant, sporadiquement, des difficultés à les refermer. L’atmosphère devient alors dense, suffocante et les magnifiques prières islandaises perdent de leur éclat au gré de répréhensibles suraccumulations soniques. Une fois l’album écoulé, les critiques oubliées, l’air ambiant est pourtant incrusté de microparticules vibrantes, incitant l’auditeur à recommencer ce voyage sonore. Encore et encore.