Après le coup de l’album-cover introspectif (« BPB Sings Greatest Palace Music ») augurant d’un possible essoufflement créatif (faire des covers de ses propres chansons, n’est-ce pas…), quel virage pouvait donc bien négocier le chantre de l’alt-country, Will Oldham, songwriter de génie à la barbe étouffante ? Pour beaucoup, ce nouveau disque du jeune prodige américain devait représenter un cap. Ca tombe bien, c’est le cas : « Superwolf » pourrait même être le meilleur album de Will Oldham depuis « I See A Darkness », diamant folk-country aux reflets plus que noirs (demandez à Johnny Cash). Sans doute est-ce dû à la présence en renfort musical du rockeur Matt Sweeney, vu chez Chavez et chez Zwan. C’est lui qui signe les mélodies, pour une fois moins tentaculaires, et surtout davantage lumineuses. Steel ou acoustique, la guitare ici ne gémit plus comme si c’était son dernier souffle : au contraire elle vibre de tout son corps, comme guérie des maux de l’esprit. Celui d’un homme qui enfin se libère de ses tics (la voix, pas geignarde), en repoussant tout confort. C’est bien là le talent de Will Oldham : ne jamais satisfaire, et être satisfait. Sans cesse rester sur le qui-vive, en émoi, dans le doute, indifférent à la critique et aux attentes, sincère et authentique. Des magiques « Goat and Ram » et « Lift Us Up » au poignant « Blood Embrace » (du Will Oldham à son climax qualitatif), « Superwolf » est un disque magnifique. A chérir pour toujours.