Après deux albums solos (dont l’un tentait vaillamment de mettre en musique l’incroyable récit concentrationnaire de Georges Hyvernaud, « La Peau et les Os »), le guitariste de (feu ?) Noir Désir tente l’aventure orientale, le trip désertique comme exorcisme salvateur. Bertrand Cantat sous les verrous, il n’était pas possible pour ses amis de rester sans rien faire. La musique, pour cela, reste un remède puissant. Sur ce disque, Teyssot-Gay s’est adjoint les services du Syrien Khaled Al Jaramani, un joueur d’oud au toucher virtuose. A deux ils croisent le fer, sans jamais tirer à eux la couverture : c’est un échange, et ça s’entend. Teyssot-Gay tricote des riffs au cordeau sur les accords glissants de l’oud, et vice-versa, pour un résultat hypnotique et prenant. Parfois s’extirpe la voix d’Al Jaramani, telle une incantation… Peut-être s’adresse-t-elle, l’expiatoire, à Cantat, ou bien est-ce une prière ? De la transe, en tout cas, comme chez les musiciens de Joujouka (cfr la compile de Brian Jones). On (s’) y retourne tel un derviche tourneur, en appelant de ses mains que le ciel soit clément.