Tout le monde connaît Keren Ann, du moins indirectement puisqu’elle signa, il y a quatre ans, le morceau « Jardin d’hiver » d’Henri Salvador, qui lui valut les louanges du public et de la presse. Cette Hollandaise d’origine a depuis sorti quatre disques (3 sous son nom et le Lady and Bird) et celui-ci constitue son cinquième ; mais le premier que les Américains découvrent. Une œuvre qu’elle a écrite et enregistrée à New York, son nouveau port d’attache. « Nolita » est d’ailleurs la contraction du nom du quartier où elle habite : « North Little Italy ». Il paraît d’ailleurs que là-bas ça marche bien pour elle, beaucoup de gens la comparant déjà à Suzanne Vega, pour son écriture folk pleine de charme, d’autant que depuis deux albums Keren Ann chante en anglais, et de moins en moins en français… Même si elle se réclame avant tout de la tradition française, mentionnant Barbara et Françoise Hardy pour modèles à suivre. Autre nouveauté de ce disque : pas de traces de Benjamin Biolay aux arrangements ou à la production. Jusqu’ici on les associait souvent, comme une sorte de couple inséparable. Mais pour la circonstance, Keren Ann a tout fait toute seule. L’occasion de se rendre compte qu’elle est une des musiciennes les plus talentueuses de l’Hexagone, et qu’elle a beau sortir un ou deux disques par an, elle n’en perd pas son inspiration et sa fraîcheur. Au niveau de l’instrumentation, « Nolita » se révèle ainsi d’une incroyable chaleur : il y a des cuivres à la Chet Baker, des chœurs soprano, du violon yiddish, de la contrebasse, et même du spoken word : c’est du grand art, c’est frais, c’est charmant, bref on en redemande, et on ne devrait pas attendre longtemps, vu l’inspiration débordante de cette jeune fille du nord.