L’exercice de l’album entièrement composé de duos s’avère souvent le genre d’opération marketing sans autre intérêt que celui de jouer au jeu des sept familles : une vaste couillonnade dont le seul objectif est d’orienter les projecteurs sur un artiste en plein déclin, une manière pour lui de se refaire une santé, voire une réputation. Chance : ce n’est pas le cas pour cet album de « rendez-vous » entre Jane Birkin et 14 auteurs/compositeurs de premiers plans, venus de France et d’ailleurs. Ici, on évite les mariages forcés, même si parfois c’est contre-nature : Birkin et Molko, pourquoi pas ? D’autant que ça fonctionne. Pareil pour Manu Chao et Miossec, quelques-uns des plumitifs associés au projet, qui s’inclinent devant la muse à Gainsbourg en échange d’un flirt vocal tout emprunt de finesse. Elle s’appelle Jane, elle nous emmerde (« Je m’appelle Jane », avec Mickey 3D), mais pour une fois on tendra l’autre joue : à ce genre de fessées on s’avoue réceptifs, quitte à jouer les masos. Parce qu’à chaque écoute de ces duos avec Bryan Ferry (la cover de « In Every Dream Home A Heartache », plus beau slow gothique de Roxy Music), Etienne Daho (« La Grippe », de Brigitte Fontaine), Beth Gibbons (« Strange Melody »), Françoise Hardy (« Surannée », de Biolay et Keren Ann), on frissonne de plaisir. Tout au long de ce disque, Jane Birkin se dévoile comme l’égérie ressuscitée d’une nouvelle génération de chanteurs de charme, à leur plus grande surprise, et à la nôtre aussi. Autre bonheur, l’écrin musical offert à la chanteuse : d’une élégance rare, sans esbroufes ni déluge d’orchestration auxquelles se destine le plus souvent ce genre d’albums-concepts. Du grand art, qui replace Birkin au rang jalousé des grandes chanteuses de notre temps, sensuelles et sans complexes.