Andrew Bird n’est pas très connu, et pourtant ce « Weather Systems » est déjà son sixième album. Il y a des injustices qu’il faut à tout prix réparer : Andrew Bird, donc, est un petit génie folk, le genre de songwriter qu’on croise rarement sur nos platines. Jeff Buckley et Elliott Smith peuvent reposer en paix. Rufus Wainwright peut arrêter ses gargarises. Jackson Browne, Mike Scott et Tom Rapp peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Parce qu’avec Andrew Bird, la relève est assurée. « Weather Systems » débute pourtant sans trop bousculer nos petites habitudes : on a déjà entendu ces ambiances feutrées chez Wilco, Timesbold et Jim White. Ce qui s’avère quand même étrange, c’est ce violon d’une lancinante beauté qui squatte presque chaque note, enrobe les mélodies de ses douces caresses. Sur « Action/Adventure », le morceau du milieu, sa présence se fait même plus pesante, et « Weather Systems » de glisser peu à peu dans les limbes d’un univers rêveur (rêvé ?), à mi-chemin entre la country la plus tranquille et le post-folk à la Rachel’s. A ce moment, la musique d’Andrew Bird provoque une apaisante sensation de bien-être. Comme si le nuage de la pochette, même gorgé de pluie, devenait le plus douillet des refuges. De ces strates en tout point célestes (la fin de l’album, élégiaque), on scrute le coucher de soleil : c’est beau. Et à chaque écoute c’est pareil : avec « Weather Systems », c’est déjà le printemps.