Si les Moody Blues étaient nés à la fin des nineties, il est plus que probable qu’ils pratiqueraient une musique proche de Beta Band. Une réflexion que j’avais formulée lors de leur formation, en 1997. Et qui se confirme sur leur troisième long playing. Evidemment, si vous ne connaissez que le tube « Night in white satin », vous êtes en droit de vous poser des questions. En fait, il est nécessaire de se pencher sur des œuvres telles que « Days of future past » et surtout « To our children’s children’s children » pour mieux comprendre la situation. Maintenant, il est évident que le quatuor écossais ne se contente pas de marcher sur les traces de la légendaire formation de Birmingham. En fait, 30 plus tôt on parlait de musique progressive. Aujourd’hui d’expérimentation hybride. Parce que pour créer sa propre solution sonore, le Beta Band tire parti d’une pléiade de styles, qu’il serait fastidieux d’énumérer. Simplement, la technologie moderne y occupe une plage prépondérante. Le tout dispensé avec une fameuse dose d’excentricité. Un peu comme le Super Furry Animals, mais en moins psychédélique. Troisième elpee de Beta Band, « Heroes to zeros » a cependant davantage recours à la guitare électrique. Epinglant au passage des chansons aussi percutantes que le single « Assessment » ou encore le ténébreux et épatant « Liquid bird », sorte de House Of Love des temps modernes. Un disque bourré de trouvailles. Tour à tour contemplatif, tribal (NDR : sous une forme house ou funk), symphonique, pastoral ou hymnique, il a aussi le bon goût de prendre un soin tout particulier à la confection des harmonies vocales. Elles peuvent même se révéler ‘brianwilsonesques’ sur le très étrange « Space battle », un morceau hanté de claviers miteux. Des vocaux cependant dominés par le timbre cool, nonchalant, confident, brumeux, envoûtant de Steve Mason. Et pourtant, quoique expérimental, l’ensemble ne s’écarte jamais d’un sens mélodique contagieux. A ce titre, cet elpee est vraiment unique en son genre. Et pour que l’information soit complète, sachez que si cette œuvre est autoproduite, Nigel Godrich (Radiohead, Air, Beck) en a assuré le mixing.