Le sixième album des Beastie Boys est une réussite parce qu’il n’est pas à la mode. Timbaland, les Neptunes, Outkast, Kanye West, Madlib ne sont pas crédités : en lieu et place, Public Enemy, LL Cool J et Sugarhill Gang ont été samplés. Pas de breakbeats dévastateurs ni de fumeuses tentatives de prendre le train gangsta en marche : ici le hip hop est millésimé eighties, 100% old school, plein de scratches (aaah, Mixmaster Mike !) et de beats ciselés à la Mantronix. Rien que pour cette raison, les Beastie Boys pourraient être taxés de puristes, voire de révisionnistes : en quinze titres râblés et vindicatifs, ils parviennent pourtant à nous faire regretter cette époque où le rap US n’était pas encore une affaire de braqueurs. Véritable ode au New York ravagé par le 11 Septembre, « To The 5 Boroughs » s’écoute avec le sentiment qu’il restera toujours quelques B-Boys pour sauver le hip hop du terrorisme marketing. Si vous aimez le rap et son âge d’or, « To The 5 Boroughs » est un must. C’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les meilleures soupes : celle-ci est délicieuse et sans agents conservateurs. Chez les Beastie Boys on n’est jamais repu : 18 ans de carrière, et aucune faute de goût.