Alors qu’on se demande si les Walkabouts existent toujours (un best of est sorti il y a peu), Chris Eckman nous propose son premier album solo. Sur la pochette, une peinture de Nikolaj Beer, son beau-père : des gros traits de pinceaux à la Van Gogh, dans des tons sombres qui profilent un esprit tourmenté. Sans doute que le chanteur/compositeur retrouvait dans cette violence picturale ses propres angoisses. Le point de départ de ces neuf chansons à la beauté sépulcrale, écrites dans la solitude et l’ombre, le temps d’un repli ascétique sur lui-même, loin des contingences collectives d’un groupe de toute façon au bord de l’agonie créative. « The Black Field » surprend d’abord par son minimalisme : Chris Eckman semble bel et bien seul à jouer ses ballades, malgré ce chœur qui parfois l’accompagne (« Low Country », « Pirates & Clowns ») et cette batterie qui l’empêche de sombrer dans l’autisme. En un sens, ce genre d’ambiance tamisée réconforte, comme si Eckman était présent à nos côtés, à nous chanter ses histoires dans le plus pesant des silences. C’est beau, presque slowcore. Plein d’imperfections dues à l’enregistrement live, mais tellement authentique. Du premier titre (une chanson mélancolique caractérisée par une voix à la Costello au dernier (une reprise laid-back du « Why Can’t I Touch It ? » des Buzzcocks), « The Black Field » sidère par son atmosphère ténébreuse. A écouter à la lueur d’une bougie… si on n’a pas peur du noir.