Tristounet l’emocore ! Même si c’est dit à l’aide de grosses guitares qui hurlent et une rythmique qui frôle l’épilepsie… Schéma classique : un type, la vingtaine et l’idéalisme à fleur de peau, se dit un matin en se levant du pied gauche que la vie - merde ! - n’est pas facile tous les jours… Alors il propose à ses potes rencontrés au lycée de fonder un groupe, ‘comme une sorte d’exorcisme’. L’un d’entre eux aimerait bien l’appeler M.I.L.F. (« Mothers I Like To Fuck »), parce que tous les soirs il se branche sur le web pour mater des trentenaires copuler en Technicolor. Sa mère, pourtant, lui avait dit d’arrêter : ‘Si ça continue on va nous couper la ligne !’, lui dit-elle un soir de Star Ac’, en épluchant des pommes de terre. Alors ils ont tranché : plus de cul, et comme nom de groupe ‘Enginedown’ (‘C’est plus sympa, en plus il sonne comme angine’, déclara l’un d’entre eux à la sortie de l’amphi). Ils prirent rapidement les devants, en s’inspirant des disques critiqués dans le Kerrang. Schéma classique : At The Drive-In, Cursive, Sparta, Hot Water Music,… Le batteur aurait préféré ‘faire un truc à la Motley Crüe’, mais selon l’avis général ‘c’est l’émotion qui compte, et puis ça plaît aux filles’. Résultat : un premier disque d’EMO comme on en trouve partout, ‘d’une sensibilité attachante’, ‘d’une mélancolie post-pubère’… Et Vincent Delerm dans cette histoire ? Tout le monde s’en fout, et c’est bien là le problème.