Il est temps, à l’heure des tops de fin d’année et des cadeaux sous la cheminée, de marteler ce constat : Green Day n’est pas ce groupe de punk-rock mainstream prépubère, qui parade sur MTV en faisant des grimaces. Non : la bande à Billie Joe fait partie de ces groupes populaires qui savent trousser de bonnes mélodies pour les « kids », sans tomber dans l’entertainment putassier ; cette entreprise de décervelage marketé, qui brasse beaucoup d’argent mais surtout beaucoup de vide. La preuve par ce septième album, un petit chef-d’œuvre de chansons power pop à écouter en regardant les films de Michael Moore, et sans doute le meilleur disque du trio californien. Le meilleur, parce que le plus ambitieux, le plus éclectique, le plus mélodique, et le plus épique. En avril dernier le magazine Mojo proposait son top 100 des titres les plus épiques de l’histoire du rock : avec « « Jesus of Suburbia » et « Homecoming », 5 mouvements et 9 minutes chacune au compteur, Green Day aurait pu très bien y faire une entrée fracassante, entre le « Paranoid Android » de Radiohead et le « Child in Time » de Deep Purple (cité d’ailleurs pendant « Homecoming », lors d’un fameux roulement de batterie). Deux titres d’une incroyable complexité, cathédrales punk-rock bâties à mains nues sur les cendres d’un Ground Zero socio-politique : l’Amérique de Bush, cette idiote. Parce que ce disque, en plus d’être une arme de destruction massive pour nos tympans et nos a priori à la ‘Basket Case’, se révèle un brûlot anti-Bush des plus intelligents, que n’auraient sans doute pas renié les RATM… En somme une sorte d’opéra-punk (selon les propres dires du groupe) dont l’objectif serait de faire voler en éclats les petites certitudes évangélistes de monsieur le président du monde. Quant aux autres morceaux, ils valent aussi leur lot de saines louanges : des super ballades « Bld of Broken Dreams » et « Wake Me Up When September Ends » aux tubesques « Holiday » et « St. Jimmy » (plus punk, comme avant), « American Idiot » n’en finira pas de surprendre le quidam encore persuadé que Green Day, c’est de la daube de petits cons boutonneux. Un grand disque, qui ébauche plusieurs pistes quant à l’avenir du punk FM de qualité, plus mature et moins poli, bref un peu plus sophistiqué.