Le slowcore, cette musique faite pour dormir en toute quiétude (ou se réveiller en douceur), a déjà enfanté de tout bons disques (NDR : ceux de Bedhead, dans les années 90, en font partie). Matt et Bubba Kadane ont depuis lors fondé The New Year, mais rien n’a changé chez ces habitués du spleen crépusculaire : toujours ce désir de berceuses un peu poisseuses, ces mélodies d’araignée qui tissent calmement leur toile collante et menaçante. Accompagnés par Chris Brokaw (ex-Come) à la batterie, les frères Kadane ont peut-être le moral dans leurs pompes (funèbres), mais il leur reste un peu de colère (« Plan B », « 18 », tendus comme le fil d’un rasoir). Comme quoi, même en pleine déprime, l’homme garde le réflexe qui sauve : se rattraper à quelque certitude, agripper le bord du gouffre… Mais en fin de compte, ce n’est que reporter la chute. Avec cet album (le deuxième), les Kadane ne risquent pas de nous rendre joyeux : son rythme d’agonie nous soutiendra mieux les jours de cafard. ‘La fin est proche’ : c’est vrai pour tout le monde, mais faut bien faire avec.