« United », il y a quatre ans, contenait son lot de tubes certifiés ‘gold’ (« Too Young », « If I Ever Feel Better »), et prouvait que la pop made in France n’avait pas à rougir face à sa voisine outre-Manche. Tout au long de ce nouvel album moins percutant mais toujours aussi précieux, le quatuor de Versailles continue à piocher dans les seventies (10cc en tête), opérant, surprise, d’étonnants détours du côté du hip hop (« Victim of the Crime », dont l’intro semble avoir été copiée sur le « Still D.R.E. » de Dr. Dre) et de la soul tendance Prince (l’excellent « I’m an Actor » et ses chœurs aigus qui suintent la femelle en rut). Mais le plus surprenant procède de cette effarante facilité qu’ont les Français à mélanger toutes ces influences, sans diluer leurs forces dans d’éventuelles fanfaronnades démonstratives. Phoenix reste ce groupe qui parvient sans peine à aligner plusieurs chansons aux mélodies imparables (« Everything is Everything », « Run Run Run »,…), avec l’air détaché (snob ?) de ceux pour qui ça vient tout seul. Mais comment font-ils ? Impossible à dire, mais reste que cet album est une sacrée réussite. Certes on n’y retrouve plus cette candeur post-eighties qui faisait le charme juvénile de « United » (Phoenix a mûri), mais « Alphabetical » reste un disque qu’il est bon de chérir, et qu’on emportera avec nous en vacances pour draguer la gent locale.