Il y a trois ans sortait « Doubts and Convictions », le premier album de ce trio (maintenant duo) marseillais, un mix juteux de soul seventies, d’ambiances blaxploitation et de travellings en Cinémascope. Aujourd’hui signés sur le mythique label de jazz Blue Note, les Troublemakers passent à la vitesse supérieure et ressuscitent les fantômes de Gainsbourg, Schifrin, Marvin Gaye et Curtis Mayfield. « Express Way » s’écoute ainsi comme la bande-son parfaite d’un film imaginaire… qu’on peut d’ailleurs voir sur le DVD offert en bonus. Mais l’album se suffit amplement à lui-même, en faisant naître à chaque écoute un nouvel univers qui rappelle Melville et Melvin Van Peebles. « Express Way », malgré quelques longueurs, surprendra qui croit encore que Blue Note est de l’histoire ancienne. Car aujourd’hui, c’est aux confins de l’électro et du hip hop que le jazz se ressource (Cinematic Orchestra, Madlib, Four Tet, Bugge Wesseltoft,…) : « Express Way » brasse ainsi tous les genres pour mieux leur faire honneur, en évitant de trop leur ressembler. Une belle manière de s’exprimer sans tomber dans le cérémoniel, et de prouver que le jazz en 2004, ce n’est pas forcément des types aux cheveux gris qui jouent en costume au Palais des Beaux-Arts. « Everyday is just an extension of yesterday » : hier Miles Davis et Stevie Wonder, aujourd’hui les Troublemakers ? C’est une manière de voir, même si elle est encore réductrice. Pour une fois, laissons donc parler la musique.