Depuis sa fondation en 1994, il ne reste plus chez Wilco du line up initial que le bassiste John Stiratt et bien sûr, le leader/fondateur Jeff Tweedy. Jay Bennett, le claviériste, a donc tiré sa révérence avant d’enregistrer leur 5ème opus. Une œuvre qui s’ouvre résolument sur un ton résolument rock. Trois titres : le crazyhorsien circa « Eveybody knows this is nowhere » « At least that’s what you said », le venimeux « Hell is chrome » et l’excellent « Spiders (Kidsmoke) », une compo de plus de 10’ dont le tempo cyclique a été emprunté au krautrock, mais dont les éclats de guitare tour à tour torturés ou atonaux, peuvent soudainement servir de trame à une envolée de rock hymnique. Hormis les 16’ de « Less than you think », dont huit sont réservées à (biffer la mention inutile) : la reproduction amplifiée du bruit produit par un radiateur/une expérimentation cosmique, le reste de l’opus épouse un format plus traditionnel, plus proche d’Uncle Tupelo que de Wilco. A l’instar de « Theologians », qui réverbère les échos du Band. Ou encore de l’allègre « I’m a wheel ». Des chansons, souvent balisées par le piano, qui regorgent de mélodies au charme beatlenesque, (« Hummingbird », « Handshake drugs » et « Wishful thinking », nonobstant la trame de fond tissée par des claviers cathédralesques). Toujours aussi excentriques, les lyrics de Tweedy sont ici peuplés d’imagerie bizarre (les araignées, les abeilles, les oiseaux), mais continuent de refléter, avec une certaine ironie, mais aussi mélancolie, sa solitude et sa détresse face au monde contemporain. Et pour être complet, sachez que c’est Jim O’Rourke qui s’est chargé de la mise en forme. Excellent !