Formé en 1989 à San Francisco par l’excentrique David Freel, « Swell », pour ses 20 ans, change de nom et dégrossit la formation l’espace d’un album. C’est sous le nom de Be My Weapon que David Freel (chant/guitare) et Ron Burns (batterie) gravissent les montagnes de l’Oregon, en août 2008, pour accoucher de « March/2009 ». Album qui sort sous le label personnel du chanteur pSychosPecificMusic, en mai 2009. Amplement reconnus comme l’un des piliers du rock alternatif américain, tout comme Grandaddy et Lambchop, les Californiens suscitent de nouveau notre curiosité en produisant ou plutôt en extrayant de leurs gisements mêmes de vertige, au cœur des profondeurs, une magnifique pépite folk rock à dix éclats. Dix facettes plus brillantes les unes que les autres.
L’élégance et la sobriété de la pochette nous rappelle cependant que l’âme de Swell est bien présente tout au long de ce dernier elpee. On y retrouve, en effet, les atmosphères intimistes et minimalistes, parfois presque glaciales, du groupe. Des mélodies sombres et pures, soutenues par une batterie solide et virevoltante, mais surtout couvertes d’une voix caverneuse et déprimée, héritée de Lou Reed. C’est la nuit lumineuse, dans toute sa nudité, au cœur du givre de l’hiver. Resplendissante d’abstraction et immuable. Espace sombre sillonné de lueurs infinitésimales. Un son folk rock souillé d’une lo-fi produisant ce grain roots (« The Exits »). L’ensemble nous offre des mélodies simples mais obsédantes et oppressantes (« Bad Bad Bad »).
De cet opus subtilement dépouillé exhale une essence profonde dont tout le corps frissonne. Celle d’un songwriter d’un incontestable talent qui charge le son, mais comme une arme à feu, des munitions éminemment émotives que livrent ses paroles ironiques et décalées. Cette voix sincère, lucide, chante les éloges de la torpeur de vivre, nous jette quelques brindilles d’existence douloureuse qui s’illuminent d’étincelles d’espoir (« Love is just so overrated »). Quelques mots pour les maux !
« March/2009 » prend alors la forme d’un livre de contes qui caresse les oreilles de ses 10 récits contant la vie et la mort, la lumière et l’obscurité, le miel et le fiel…
Le talent fou d’auteur/compositeur/interprète de David Freel et ses airs fragiles et désespérés touchent l’âme et éclairent le versant sombre de nos vies. Notre face cachée de lune se révèle.
Un album chaudement recommandé pour bercer vos longues nuits d’hiver au coin du feu.

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