Susanna And The Magical Orchestra nous démontre à nouveau que la scène norvégienne peut voyager sur de multiples lieux musicaux.
Après un premier elpee plutôt discret (« List of Lights and Buoys »), le duo scandinave sort publiquement de l’ombre en 2006 en concoctant « Melody Mountain ». Album présentant une série de covers aux interprétations atypiques et glaciaires où « Susanna And The Magical Orchestra » s’amuse à réinventer « Hallelujah » de Leonard Cohen, « Love Will Tear Us Apart » de Joy Division, « Enjoy The Silence » de Depeche Mode ou encore « Crazy, Crazy, Nights » de Kiss et « It’s All Right » de Bob Dylan. Reprises qui seront saluées par la presse et le public pour leur originalité.
Sur « 3 », Suzanna Wallumrød (chant) et Morten Qvenild (claviers) reviennent à des compositions plus personnelles. Des textes et des airs éthérés invitent à s’évader des profondeurs des bois pour survoler les fjords majestueux du Grand Nord. Les mots se prêtent à de sombres mélodies minimalistes et tragiques qui s’irritent d’electronica, de jazz et de pop. Ceux qui parlent de conflits internes (« An Other Day »), de relations humaines (« Recall ») mais aussi de l’incommensurable espace, des étoiles, des planètes et de voyages galactiques (« Someday »). Belle perspective ouverte par ces deux musiciens.
Seul détail d’importance, à force de vouloir dénoter, on passe parfois à côté de l’essentiel : la musique. On oublie que le minimalisme ne s’entend pas au sens d’une absence totale de matière sonore. Cette volonté de frisson et de pureté glaciale gomme l’orchestration retro-futuriste et se transforme en jolie carte postale pour la Norvège. Rythmes qui feraient penser que la dérive des continents est un volcan actif. La structure repose sur un champ impressionniste qui ne tremble que trop rarement. L’essence musicale est plus exsangue, plus épuisée que tragique. Elle nous offre un electronica-pop narcotique (« Deer Eyed Lady ») qui pourrait résonner dans un ascenseur de centre commercial. Mélodies et arrangements en ombre d’où émergent, fort heureusement, l’intimité paisible et la puissance émotive de la voix cristalline de Suzanna Wallumrød qui nous grise par instants. Très jolie voix qui coule comme un ruisseau de montagne norvégienne ; mais qui, comme le murmure perceptible de ces eaux magiques, ne charrie aucune signification, car elle n’a rien à dire !
L’album est découpé en dix titres. Suzanna et Morten se partagent équitablement la composition de huit d’entre eux. Le reste est consacré aux reprises, un exercice de style dans lequel le groupe excelle. Tout d’abord le « Subdivisions » de Rush, moins inspiré que « Melody Mountain » et puis « Another Day » de Roy Harper. Espace fugitif illuminé par sa beauté fragile où la voix limpide de la chanteuse peut totalement s’exprimer.
L’album se déverrouille sur deux titres de Wallumrød. D’abord, « Recall », méditation sur la mémoire et la perte, s’ouvre à une ambiance feutrée qui ressemblerait à un Kraftwerk minimaliste teinté d’électro-pop accompagné d’un surprenant final aux percussions 80’s. Ensuite, « Guiding Star » qui prendrait la voie d’une Björk electronica. Chemin sur lequel la talentueuse Islandaise aurait rencontré Lou Rhodes (Lamb). L’esprit de Lamb plane d’ailleurs sur plusieurs morceaux de l’album.
Ces deux premières pistes cèdent ensuite le relais aux compositions de Morten Qvenild. Le « Game » au vibraphone obsédant et le single « Palpatine’s Dream ». Le reste de l’album se fond et se confond dans une linéarité angoissante.
Album formellement interdit à toute personne souffrant de narcose.

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