Il faut reconnaître que depuis quelques années, Placebo est en perte de vitesse. Après avoir sorti le peu convainquant « Meds » et dans la foulée opéré une tournée longue de deux ans, la formation a même failli splitter. Faut dire que Molko et le drummer, Steve Hewitt, se détestait de plus en plus. Et ce qui devait arriver arriva : ce dernier a reçu son C4. Il a donc été depuis été remplacé par un jeune Américain de 22 ans, Steve Forrest, en l’occurrence l’ex-batteur d’Evaline.
Pour enregistrer leur sixième opus, le trio a décidé de se rendre à Toronto. D’autofinancer les sessions et de changer de label. En outre, il a fait appel à David Bottrill (Tool, dEUS, Silverchair) pour le produire. Enfin, il n’a pas reçu le concours d’invités notoires, comme c’était souvent le cas, lors de la confection des opus précédents. Mais bien d’une large section de cordes et même des cuivres. Sans oublier le recours à l’électronique. Pas toujours très judicieux, il faut le reconnaître.
L’électronique, parlons-en. Elle ne colle vraiment pas à la musique de Placebo. Ou alors de manière discrète. Mais certainement pas sous une forme kitsch. A l’instar du banal « Bright lights » et de l’hymnique « The never-ending why ». Par contre lorsqu’elle s’intègre à l’instrumentation, elle passe beaucoup mieux la rampe. Et je pense tout particulièrement à « Come undone », ballade lente, parfois mid tempo, au cours de laquelle elle se fond dans les cordes de guitares vibrantes, duales.
Plusieurs compos sont enrichies d’arrangements symphoniques. Souvent somptueux. Tout d’abord sur le titre maître. Caractérisé par ses variations rythmiques et harmoniques et sa ligne de piano élégante, il lorgne manifestement vers Muse. Tout comme chez « Julien », encore une fois, amorcé par une intro synthétique du plus mauvais goût. Et enfin sur le délicat « Happy you’re gone ». Plus cold wave, traversé par des accords de xylophone (NDR : à moins que ce ne soit un piano trafiqué pour sonner comme tel) dans l’esprit de Cure. Une cold wave qui filtre souvent à travers les chansons. De manière remarquable sur le très pop « Speak in tongues ». Lorsque les plages ne sont pas carrément gothiques. Ainsi, le ténébreux « Devil in the details » nous replonge dans l’univers de « Black market music » voire de « Sleeping with ghosts ». Plus intéressant est ce retour dans le glam punk originel opéré sur « Breathe underwater ». Tout y est : les guitares vivifiantes, percutantes, sauvages et ce groove permanent. Mais le meilleur titre est celui qui achève la plaque : « King of medecine ». La très jolie mélodie imprimée sur un mid tempo, vient se poser des accords de guitare sèche et de piano sonore discrets mais indispensables, avant que l’instrumentation ne monte en crescendo, soutenue par les arrangements de cordes. On vous épargnera l’analyse du reste de ce « Battle for the sun », la luxuriance et la banalité n’y font pas bon ménage. N’empêche, si l’œuvre est loin d’être parfaite, elle laisse transparaître d’opportuns rayons de soleil. C’est sans doute la bataille que mène Molko.

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