Jean-Yves Prieur alias Kid Loco est un des pionniers de la musique alternative hexagonale. Pseudonyme délibérément inspiré d’un documentaire de Jean Rouch, « Les Maîtres Fous » au cours duquel l’ethnologue français observe scrupuleusement les rituels de transe des populations Haouka au Ghana. C’est à partir de ce rite de la possession que le Kid compose une musique où ‘les opprimés deviennent, l’espace d’un instant, les possédés et les puissants’, une musique hypnotique et transcendante.
Chef d’œuvre de trip-hop ambient sensuel et album de référence de la musique électronique chic et frenchie, « A grand Love Story » propulse rapidement Kid Loco en 1998 sur le devant de la nouvelle scène électro française, alors en pleine effervescence (Air, Daft Punk, Dimitri From Paris…) A la suite de ce succès critique et public, Jean-Yves Prieur se lance dans une série d’expériences dj (‘DJ-Kicks’) et enregistre de nombreux remix pour des groupes tels que Mogwai, Pulp ou encore Stereolab. Paru en 2001, « Kill Your Darlings » ne rencontre malheureusement pas le même succès populaire. Hormis la bande originale du film « The Graffiti Artist » réalisé par James Bolton en 2004, sept ans de mutisme précédent la sortie du troisième opus « Party Animals & Disco Biscuits ».
Artiste imprévisible rejetant toute étiquette qui limiterait sa liberté d’expression, Jean-Yves Prieur souhaite s’extraire de cette french-touch qui le caractérise désormais et dans laquelle il s’était totalement investi à la fin des années 90. Parfaitement serein, il abandonne le côté ‘Kid Loco’ hype pour se tourner vers un concept plus personnel : ‘Je ne cherche pas à coller à la mode’.
« Party Animals & Disco Biscuits » est le premier album entièrement chanté par Kid Loco. Un concept album qui conte les tribulations nocturnes d’un jeune homme plongé dans les tourments de la drogue, du sexe et de l’amour. Onze pistes à la trame narrative linéaire qui errent dans les sinueux méandres d’un underground aux odeurs d’opium et de backrooms. Un voyage au bout de la nuit illustré en filigrane sur la pochette du CD (pipe à opium, orgie…). Ensemble où chacun des titres présente une vision sombre et glauque d’un monde en perdition, qui n’est pas sans rappeler l’affection particulière que porte le chanteur au Velvet Underground. Détresse existentielle parfaitement palpable sur le « Oh Lord ! » d’ouverture ou sur « Confessions ».
L’enfant fou des Hauts-de-Seine revient alors à ses premières amours et plonge l’auditeur dans l’espace amphibie, entre musique psychédélique et beat électro, pour lui faire goûter à sa singulière psychelectro. Ici, les instruments guident le climat. Rien de comparable aux précédents albums. Ici, la présence des guitares s’efface et entrouvre aux claviers l’espace le plus vaste. La musique électronique s’habille alors d’un océan de pianos et d’orgues Hammond (« Motocycle Angels »). Orgues et beats électroniques traversent parfois les atmosphères d’Arizona Dreams et froissent, se heurtent à celles de Lost in Translation sur « The Specialist ». Morceau qui se transforme subitement en une douce pop au piano légèrement bercée de la voix de Jean-Yves Prieur. Autre curiosité : une reprise d’« Ann » des Stooges qui brille par son originalité. Inattendue et déroutante elle s’écoute sur un fond d’électronique, de guitare, de clavecin et de scratch (NDR : ne la cherchez pas sur le verso de la pochette, elle n’y est pas inscrite !) Les exercices de style scratch figurent d’ailleurs en nombre sur la galette (« Pretty Boy Floyd », « Oh Lord ! »...).
Tout en laissant l’électro au centre du sujet, Kid Loco use de sa longue expérience pour mêler habilement et étrangement les genres musicaux et ouvre les portes à un public qui serait encore allergique à la musique électronique.

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