« God Help The Girl » n’est rien de moins que la comédie musicale de Belle & Sebastian, un concept ambitieux et passionnant porté à bout de bras par Stuart Murdoch depuis 5 ans. Ce n’est cependant pas la première fois que le groupe écossais se frotte à de tels projets narratifs. Il était déjà responsable de la bande originale du film de Todd Solonsz, « Storytelling ». Ici, Stuart Murdoch voit plus loin. L’album déguise une bande originale qui serait la substance initiale d’un futur scenario et d’un film. Le talentueux conteur et créateur de personnages pourrait passer, dès 2010, à la réalisation de son premier long métrage : « Story In Song ».
A la recherche de nouvelles voix féminines qui donneraient corps aux histoires tourmentées qui hantent son esprit depuis quelques années, l’artiste glaswégien lance une audition ouverte via internet en invitant le public à envoyer des vidéos ou des clips audio. C’est après cette importante audition, où plus de 400 filles venues de tout horizon avaient proposé de prêter leur voix, que « God Help The Girl » prend sa forme définitive.
Au final, Mike Cooke est chargé d’orchestrer un combo formé de neuf chanteurs et d’un orchestre de 45 musiciens composé essentiellement de cordes et de cuivres. Parmi ces neuf voix, on remarque la collaboration prestigieuse du très théâtral Neil Hannon de The Divine Comedy et celle d’Asya de Smoosh. Parmi les élus issus de l’impressionnant casting, on retiendra essentiellement trois nouveaux noms venus habiter la comédie humaine et musicale de Murdoch : Catherine Ireton, Brittany Stalling et Dina Bankole.
Cependant, l’ossature narrative s’érige principalement autour de Catherine Ireton qui incarne la mélancolique Eve, héroïne de la narration musicale. Ce visage prend vie sur la pochette de l’album et sa voix malicieuse et séduisante couvre dix des quatorze pistes. « God Help The Girl » prend alors les formes d’une charmante comédie musicale désuète qui raconte Eve. Jeune fille solitaire et paumée prise dans les tourments de l’amour au tournant de l’âge adulte. Aride et impuissante dans le désert qu’elle crée, incapable de faire confiance à l’autre, cet amour la plonge cependant dans une interminable attente du prince charmant.
Malgré des morceaux comme « Musician, Please Take Heed » qui préservent l’esprit des premiers albums de « Belle & Sebastian », l’ensemble emprunte d’autres chemins davantage ouverts à une pop sixties précieuse, une pop dont les tonalités soul et pop s’inscrivent dans la lignée de girl-groups comme « The Ronettes », « The Seekers »… Influences que l’on retrouve également sur le dernier elpee (« My Maudlin Career ») de leurs amis et compatriotes de Camera Obscura. La nostalgie des girl-groups serait-elle un phénomène de mutation sur la scène glaswégienne ?
En imaginant ce projet original, Stuart Murdoch semble avoir voulu retrouver un âge d’or : celui des filles à franges aux regards tristes qui sifflotaient un pop-milkshake (« I’ll Have To Dance With Cassie »), celui des cercles de minijupes qui se balancent sur du West Coast Jazz (« A Unified Theory »)… Décor saupoudré d’histoires d’amours brisés et lointains, de sexe et de bains mousseux. Des mélodies insouciantes et innocentes qu’on aimerait entendre chuchoter au creux de l’oreille. Une musique parfois dérobée aux derniers jours de la musique ‘lounge » des années 60 qui conserve le goût doux et sirupeux du Easy listening et symbolise le style de vie kitsch des 60’s.
D’autres airs, par contre, semblent surgir des comédies musicales britanniques traditionnelles. Ceux qui sortiraient de la boutique du diabolique barbier de Fleet Street à Londres où Stuart Murdoch emprunterait la voix de Sweeney Todd pour nous fredonner « Pretty Eve In The Tub » ou « Hiding Neath My Umbrella ».
L’opus tout entier est parsemé de douces surprises. A l’instar de la splendide voix white funk de Brittany Stalling sur la reprise du « Funny Little Frog » de Belle & Sebastian ou encore celle, adolescente, d’Asya lorsqu’elle nous étourdit de douceur sur le très pop « I Just Want Your Jeans ». Aussi, Neil Hannon se prête admirablement au jeu lors d’un séduisant duo avec Catherine Ireton sur « Perfection as a Hisper ». Une tracklist caméléonne qui surprend par sa pluralité phonique.
Un album jalonné de fleurs bleues pop aux parfums irrésistibles. Lieu où s’animent des airs qu’on aimerait cesser de fredonner mais qui sifflotent inlassablement dans nos têtes.
L’album prendra cependant tout son sens lorsque le leader de Belle & Sebastian atteindra le but de son aventure originale. Il faudra cependant et malheureusement encore attendre avant la sortie de l’adaptation cinématographique de « God Help The Girl ».

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